270 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
La puissance de réduction des appareils employésétait telle, que les quatre pages du Journal officiel deTours ou de Bordeaux tenaient sur un papier grandcomme un timbre-poste. Un pigeon emportait ainsi jus-qu’à vingt mille dépêches particulières, soit le charge-ment d’une voiture avec le papier et les caractèreshabituels.
Il repartait, s’élevait en l’air, prenait le vent, etse dirigeait aussitôt sur Paris. Lorsqu’il n’était pasgelé en route, lorsqu’il n’était pas tué par les fusilsprussiens, il arrivait à Paris et rentrait dans son co-lombier, en levant avec sa tête une petite trappe quiretombait derrière lui et l’emprisonnait. Il n’y avaitplus qu’à détacher le tuyau de plume, qu’on portait àl’administration des Postes.
Le petit morceau de papier pelure, à cause de lafinesse des caractères, ressemblait à un fragment depapier gris. On l’enfermait dans un appareil de len-tilles grossissantes traversées par un jet de lumièreélectrique, et sur le mur la dépêche se reflétait, im-mense, au milieu d’un panneau de lumière de plu-sieurs mètres carrés.
Assis devant une table et faisant face au mur, vingtemployés transcrivaient alors les dépêches sur autantde feuilles détachées que cela était nécessaire, et onremettait aussitôt au gouvernement et aux particuliersles télégrammes arrivés et écrits sur papier jaune,portant en tête un petit rectangle imprimé avec cesmots : Indication du service ; et, au-dessous, celui-ci,écrit à la plume par les employés : Pigeon.