Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
283
JPEG-Download
 

VILLIERS-CHAMPIGNY.

283

lesquelles se découpaient en noir les accidents deterrain des hauteurs voisines, et certain que ma bêtelivrée à elle-même ne foulerait, sur cette terre déjàbaignée dombre, aucun des blessés que jentendaisgémir à droite et à gauche sous les morsures du froidqui rendait leurs plaies cuisantes et livides,japerçus,à quelque distance devant moi, un fiacre à galerie,attelé de deux chevaux qui allaient au pas. Et commejarrivais derrière la voiture, je vis une femme en noirse pencher par la portière. Elle disait au cocher :

Plus doucement, je vous en supplie.

Il me sembla reconnaître lune de mes visiteusesdu Louvre, la tante du soldat de larmée de la Loire.Elle avait donc enfin son blessé!

Je mapproche pour la saluer. Les deux pauvresdames étaient, assises sur la banquette de devant,et entre elles étaient étendues les jambes bottées dunofficier, couché plutôt quassis au fond de la voiture.

Je me penche, japerçois des aiguillettes sur luni-forme déboutonné. Le blessé tourne la tête. Cétaitmon frère, le secrétaire dambassade, lofficier dor-donnance du général Berthaut; un éclat dobus luiavait traversé lépaule. Il délirait. Il ne me reconnais-sait pas. Je sautai à bas de cheval. Jentrai dans lavoiture, jembrassai les mains des deux femmesétonnées.

Je leur demandai leur adresse que javais oubliée.Je leur confiai le pauvre garçon, les prévenant quejirais, si mon service le permettait, passer la nuitauprès de lui.