284 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
Et je rejoignis le gouverneur à Vincennes.
Je ne sais comment, le général remarqua ma figurebouleversée :
— Eh ! mon pauvre d’Hérisson, me dit-il, vousavez une mine d’enterrement. Rassurez-vous, nousne sommes pas battus. Je suis très content de cettepremière journée. Malheureusement nous ne pour-rons pas recommencer la partie dès demain. Cesjeunes troupes se désorganisent avec une rapidité,quand elles ont vu l’ennemi! Une ou deux heuresde contact à bonne portée, et malgré leur courage etleur bonne volonté, elles se transforment en trou-peaux. Nous arrangerons tout cela demain. Vousverrez.
Je lui racontai ma triste aventure.
Il m’envoya sur-le-champ porter des dépêches augénéral Schmitz, et me dit de rester à la dispositiondu chef d’état-major.
La journée du lendemain se passa sans combats etfut employée à la réorganisation des troupes, quiavaient souffert non seulement de la bataille, maisencore du froid enduré pendant la nuit qui la suivit.On enterra les morts. On creusa des fossés. On sefortifia dans Champigny. On fit la soupe, et on se ré-chauffa du mieux qu’on put. Les couvertures man-quaient.
Ce furent les Allemands qui attaquèrent le lende-main matin, et ce jour-là, 2 décembre, fut livrée laterrible bataille de Champigny.
Je n’avais pas été désigné pour suivre le gouver-