294 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
il tourna légèrement la tête comme quelqu’un quin’a pas confiance.
— Vous êtes sûr des noms, me dit-il?
J’en étais d’autant plus sûr que je les lisais sur mmanchette.
— Bien, reprit-il. Vous avez fourni une longuecourse. Restez près de moi : je vais faire marcher cesmessieurs.
Appelant alors successivement plusieurs officiersd’ordonnance, il les fit partir l’un après l’autre, por-teurs d’ordres divers.
Le général Trochu avait l’air content, et sa figure,assez habituellement renfrognée, était positivementplus ouverte qu’à l’ordinaire.
Nous nous portions tantôt sur un point, tantôt surun autre, partout où l’on se battait et où il jugeaitque sa présence pourrait donner du courage et del’entrain aux troupes.
A un moment, deux ou trois cents mobiles, en dés-ordre, revinrent sur nous tout courant et tournantle dos à l’ennemi. L’état-major se déploya devant euxcomme un véritable escadron de gendarmerie, et ilss’arrêtèrent, assez piteux, à la vue du gouverneurqui les interpellait.
Ce diable d’homme, même sous le feu, savait fairedes phrases charmantes, distinguées, persuasives,correctes. Il les rassembla et leur adressa quelquesmots affectueux, paternels.
— Suivez-moi, leur dit-il enfin.
Marchant alors sur les tirailleurs allemands, il ne