300 JOURNAL D UN OFFICIER D ORDONNANCE.
froid. J’avoue que, sous ce rapport, j’étais un peu dela garde nationale.
En décembre, à quatre heures et demie, il fait nuit.Ce fut donc dans le crépuscule, que rayaient seulsquelques coups de fusil isolés, tirés là-bas, que nousparcourûmes derrière Trochu les rangs des troupesqui venaient de se battre. Ducrot n’était point là. Ilavait au cou une éraflure produite par un éclat d’obus,et se reposait quelques instants.
Quand nous rentrâmes à Vincennes, derrière nousla plaine qui précède Champigny, les bords de laMarne qui décrit devant cette plaine une boucle bienconnue des Parisiens, étincelaient de grands feux allu-més par les soldats.
Je n’ai jamais bien compris, par exemple, pourquoiTrochu crut devoir rendre compte, en style d’opéra,de son retour à son logis du fort de Vincennes, pour-quoi il se tint pour obligé d’annoncer à l’histoire qu’ilétait bien fatigué, pourquoi, dans sa proclamation, ildéclarait que cette seconde bataille était encore plusdécisive que la première, — ni l’une ni l’autre n’étaitdécisive et ne pouvait l’être ; — pourquoi enfin lesexcellents membres du gouvernement éprouvèrent lebesoin de lui adresser une lettre collective et publi-que afin de le féliciter, et de lui apprendre qu’ilsauraient désiré partager ses fatigues et sa gloire. Cepartage eût été facile. Il y avait à Champigny de labesogne pour tous, et si ces avocats répugnaient à somêler aux hommes pour combattre, étant trop âgésou trop pacifiques, ils auraient pu aider les femmes