332 JOURNAL ü’tlN OFFICIER D’ORDONNANCE.
source de convoquer quelque part l’ancien CorpsLégislatif, et de traiter avec lui.
Il s’animait en parlant, et dit à peu près ceci :
— Au fond, pourquoi est-ce que je traiterais avecvous?Pourquoi est-ce que je donnerais à votre Répu-blique une apparence de légalité en signant une con-vention avec son représentant? Au fond, vous n’ôtesqu’une bande de révoltés ! Votre Empereur, s’ilrevient, a le droit strict de vous faire fusiller touscomme traîtres et comme rebelles.
— Mais s’il revient, s’écria Jules Favre éperdu, c’estla guerre civile, c’est l’anarchie!
— En êtes-vous bien sûr? Et d’ailleurs, la guerrecivile, en quoi pourrait-elle nous nuire, à nous,Allemands?
— Mais, monsieur le comte, vous ne craignez doncpas de nous réduire au désespoir? Vous n’avez doncpas peur d’exaspérer notre résistance?...
— Ah! vous parlez de votre résistance! dit le chan-celier en interrompant avec éclat. Ah! vous êtes fierde votre résistance? Eh bien, Monsieur, sachez quesi M. Trochu était un général allemand, je le feraisfusiller ce soir. On n’a pas le droit, entendez-vous, onn’a pas le droit, en face de l’humanité, en face deDieu, pour une vaine gloriole militaire, d’exposer,comme il le fait en ce moment', aux horreurs de lafamine une ville de plus de deux millions d’âmes.Les lignes ferrées sont coupées de tonte part. Si nousn’arrivons pas à les rétablir en deux jours, et celan’est pas certain, il vous mourra, par jour, cent mille