340 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
tante de mon caractère, et à une liberté d’esprit quej’affectais continuellement.
M. de Bismarck ne ressemble en rien à nos hommesd’État. Il n’est pas le moins du monde solennel. Il estmême foncièrement gai, et, au milieu des plus gravesquestions,il lance volontiers uneplaisanterie, un traithumoristique sous lequel on sent toujours la griffepuissante du lion.
Il faut croire, au reste, que mes histoires ne luidéplaisaient point, car je lis dans le livre du docteurMoritzBusch, son secrétaire, intitulé : le Comte de Bis-marck et sa suite pendant la guerre de France :
En échange de ces historiettes et d’autres, le chef ra-conta à d’Hérisson différentes choses qu’on pouvait ne pointencore savoir dans les clubs et les salons parisiens, et qu’ony apprendrait avec plaisir. Par exemple, la conduite deRothschild à Ferrières, et la métamorphose par laquelle legrand-père Amschel, d’un petit juif en devint un grand,grâce à l’Électeur de Hesse. Il l’appela à différentes reprisesjuif de la cour, et en vint ainsi à caractériser les juifs de lanoblesse polonaise.
M. de Bismarck, en effet, me raconta qu’on avaiteu vivement à se plaindre de l’accueil fait aux Alle-mands à Ferrières. C’était, d’après lui, l’intendantdu baron de Rothschild plutôt que le baron lui-même,qu’il fallait accuser. « Mais, ajouta-t-il, tel maître, telvalet. »
Et il partit de là pour me dire combien en Alle-magne on déteste et on méprise les juifs, commentla bonne société les tient à l’écart.