A VERSAILLES.
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Franchement, il m’était impossible de le suivre surce terrain, et je lui confessai qu’en France, pour lemoment, nous n’avions pas les mêmes répugnances.Il devait bien comprendre d’ailleurs que je ne pouvaispartager ses sentiments, et que, officier français, j’étaisd’autant plus disposé à admirer le courage du baronde Rothschild, qu’en montrant ce courage le baronrisquait plus que bien d’autres. Il est bien possibleque le grand-père Amschel ait beaucoup aimé l’argent ;mais, aujourd’hui encore, alors que bien des annéesont passé sur cette conversation, il me faut constaterque ses petits-fils, tout en aimant cet argent, saventle dépenser non seulement royalement, mais intelli-gemment, mais artistiquement.
Je ne puis oublier que, tout récemment encore,lorsque je voulus entreprendre des explorationsscientifiques et des recherches archéologiques quisont plus honorables pour les nations que lucrativespour ceux qui les subventionnent, c’est dans la hautesociété israélite que j’ai trouvé les quatre cinquièmesdes fonds nécessaires.
Je me hâtai donc de détourner la conversation duterrain antisémitique où M. de Bismarck la plaçait,et je lui fis raconter des histoires de chasse. Là-dessusil est intarissable.
Quand nous remontâmes pour trouver Jules Favre,qui écrivait toujours, la glace était rompue, et le plé-nipotentiaire français parut tout à fait étonné destermes familiers qu’employait le chancelier pour ter-miner avec moi la conversation entamée à table.