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Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
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A VERSA1TAES.

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En remontant chez lui, le chancelier avait fait dé-poser sur la petite table ronde autour de laquellenous nous asseyions, une soucoupe blanche conte-nant trois superbes cigares de la Havane. Ses admi-rateurs lui en envoyaient de Hambourg de nom-breuses caisses qui sempilaient sur la commode. Dureste, lenthousiasme national ne le laissa manquerde rien pendant toute la campagne, et la maisonJessé vit entrer alors les produits les plus exquis dela gastronomie allemande, les vins les plus recherchés,la bière la plus parfaite quon ait jamais brassée delautre côté du Rhin.

II répétait souvent à ses familiers : « Si on veut queje travaille bien, il faut quon me nourrisse bien. » Etil disait au Prince Royal, quil avait invité à sa table,et qui sextasiait sur les bonnes choses qu'on lui ser-vait : « Voyez-vous, Altesse, les habitants de la Con-fédération du Nord tiennent absolument à avoir unchancelier gras. » Ils obtinrent ce chancelier tel quilsle rêvaient, ces bons habitants, puisque, plus tard,revenu en Allemagne, il dut se faire dégraisser. Etsil travailla bien à Versailles, incontestablement ilmangea encore mieux et fit bien manger ses hôtes,ceci soit dit en passant.

Au moment commençait lentretien, le chance-lier prit la soucoupe aux trois cigares, et, la tendantà Jules Favre :

Fumez-vous? demanda-t-il.

Jules Favre sinclina pour refuser, et déclara quilne fumait jamais.