Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
344
JPEG-Download
 

344 JOURNAL düN OFFICIER DORDONNANCE.

Vous avez tort, lui dit bonnement le cuirassierdiplomate. Lorsquon aborde un entretien qui peutquelquefois amener des discussions, engendrer desviolences de langage, il vaut mieux fumer en cau-sant. Quand on fume, voyez-vous, continua-t-il enallumant le havane, ce cigare que lon tient, que lonmanie, que lon ne veut pas laisser tomber, paralyseun peu les mouvements physiques. Moralement, sansnous priver en aucune façon de nos facultés céré-brales, il nous assoupit légèrement. Le cigare est unediversion, cette fumée bleue qui monte en spirale etqu'on suit malgré soi des yeux, vous charme, vousrend plus conciliant. On est heureux, la vue est occu-pée, la main est retenue, lodorat est satisfait. On estdisposé à se faire des concessions mutuelles. Et notrebesogne, à nous autres diplomates, est faite de con-cessions réciproques et incessantes. Vous avez, vousqui ne fumez pas, sur moi qui fume, un avantage :vous ôtes plus éveillé; et un désavantage : vous êtesplus enclin à vous emporter, à céder au premier mou-vement, poursuivit-il avec un soupçon dintentionrailleuse. Du reste, je suis sûr que le capitaine doitfumer.

Et il poussa la soucoupe devant moi. Javoue, meplaçant à un point de vue moins élevé que celui duchancelier, quun bon cigare ma toujours tenté. Jecrus néanmoins devoir refuser. Je voulais être toutoreilles, nêtre distrait par rien, et, en outre, je mesentais hiérarchiquement trop inférieur à ces deuxhommes pour que je me permisse de le prendre avec