Buch 
Journal d'un officier d'ordonnance : Juillet 1870 - Février 1871 / par le Comte d'Hérisson
Entstehung
Seite
345
JPEG-Download
 

A VERSAILLES.

345

eux sur lo pied d'égalité de personnes qui fumentensemble.

La négociation commença posément, doucement.Avec une franchise étonnante et une logique admi-rable, le chancelier disait simplement, sincèrement,ce quil désirait. Il allait toujours droit au but et inter-loquait à tout propos Jules Favre, habitué à ses finas-series davocat, au maquignonnage diplomatique, etne comprenant rien à cette loyauté parfaite, à celtefaçon superbe et peu conforme aux anciens erre-ments, de traiter les questions.

Le chancelier sexprimait en français avec unefacilité que je nai guère trouvée que chez les Russes,qui sassimilent notre langue avec tant de prompti-tude et de bonheur, et pour qui les difficultés deleur langage rendent jeu denfant létude des idiomesétrangers. Il se servait dexpressions à la fois élé-gantes et fortes, trouvant, sans effort et sans re-cherche, le mot propre qui classe une pensée, quidéfinit une situation.

Tout en tirant du portefeuille ministériel les piècesau fur et à mesure quon en avait besoin, et en écri-vant les notes que lon me dictait, je me régalais decette leçon inattendue de rhétorique et de conver-sation.

Lorsquil fut question de Garibaldi et de larmée deDijon, les yeux du chancelier brillèrent et prirenttout à coup lexpression dune colère sauvage. On sen-tait quil comprimait avec peine des rancunes à la foisfranches et violentes.