346 JOURNAL ü’UN OFFICIER D’ORDONNANCE
— J’entends, dit-il à Jules Favre, que nous le lais-sions, lui et son armée, en dehors de nos conditionsd’armistice. Ce n’est pas un des vôtres. Vous pouvezbien me l’abandonner. Il a en face de lui un petitcorps d’armée dont l’effectif est égal, ou à peu près, ùcelui de ses troupes. Qu’ils se débrouillent ensemble.Ne nous occupons pas d’eux.
Jules Favre répondit que cela était tout à fait im-possible. Certes, on n’avait pas demandé l’aide deGaribaldi. Une première fois, il avait offert son con-cours et celui de ses deux fils au gouvernement de laDéfense nationale, par une dépêche adressée à Itocbe-fort, le 5 septembre, au matin. On avait refusé ce con-cours. Mais les circonstances ayant fait du condottiereitalien le général d’un corps d’armée français, ceserait une lâcheté à lui, représentant de la France,d’abandonner Garibaldi, de l’exclure d’un armisticequi devait profiter à tous, et, par contre-coup, soncorps d’armée, composé à peu près uniquement deFrançais.
La province, du reste, en acceptant les offres deservices de Garibaldi, que Paris avait cru devoir décliner, avait enveloppé cet étranger dans les plis du dra-peau national, et il était impossible de l’abandonner.
Pendant cette allocution, bien plus longue et cer-tainement plus éloquente que le pâle résumé que j’entrace, et tandis que Jules Favre prouvait que l'hon-neur du pays était engagé dans une pareille question,la colère du comte de Bismarck avait augmenté.
Il s’agitait sur sa chaise; il avait même posé son