352 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
cependant m’exécuter, et, une fois en voiture, le géné-ral m’avait dit :
— Je vous ai fait monter parce que, tout à l’heure,c’est de ce côté de la voiture qu’il faudra vous tenircomme interprète. Je ne vous en veux pas d’avoirvoulu me céder le pas. Mais retenez qu’entre mili-taires surtout, la première politesse c’est l’obéissance.
J’avais été mortifié, et la leçon s’était gravée dansma mémoire. J’écoutai donc sans protester la lettredu général au prince Wittgenstein. C’était un petitchef-d’œuvre de style et de sentiment. L’ancien gou-verneur s’adressait au cœur de son vieux camarade,à ses sentiments d’honneur, d’équité, et, sans s’abais-ser, le suppliait de peser, autant qu’il serait en sonpouvoir, sur l’esprit de l’Empereur dont il était l’aidede camp et l’ami, afin que Paris vaincu fût respecté,comme il méritait de l’être.
Après cette lecture, le général ajouta :
— Il ne sera pas dit que je n’aurai pas tout entre-pris dans l’intérêt de la ville que j’ai été chargé dedéfendre.
Je cachetai moi-même la lettre et je l’emportai.
L’Empereur demeurait à la Préfecture, dans cemôme bâtiment qui allait bientôt servir de palais àM. Thiers. Le prince Wittgenstein était de serviceauprès de lui. Je me dirigeai vers la demeure im-périale, à la porte de laquelle un factionnaire croisala baïonnette devant moi : le brave Saxon ne pouvaitcomprendre qu’un militaire français armé eût l’au-dace de chercher à pénétrer chez son souverain. L’of-