A VERSAILLES.
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ficier du poste ne partagea point les scrupules de sasentinelle, et me fit conduire par un planton à l’ap-partement du prince.
Si je raconte cet épisode assez insignifiant, c’estparce que le spectacle que présentait alors la salle desPas-Perdus, servant de vestibule ou de salon d’attenteaux appartements impériaux, me frappa et me remuaprofondément.
Là attendait une véritable armée de généraux, d’of-ficiers de tout grade, de tout âge et de toutes armes,tous en grand uniforme battant neuf, tous chamarrésde broderies, de grands cordons, de décorations detoute espèce. Les casques étincelaient, les molettesdes éperons bruissaient, les sabres sonnaient sur lesdalles de marbre. Et quelles carrures athlétiques etfières, quels regards brillants de joie, chargés d’or-gueil ! Quelle assurance tranquille et reposée !
Tout cela respirait le succès, la santé, l’opulence etla force.
Au moment où j’arrivais, l’Empereur sortait. Lesgrenadiers présentaient les armes, on entendait dansla cour le bruit des bottes d’une troupe qui s’aligne,les piaffements et les hennissements d’un troupeaude chevaux fringants qui attendaient leurs maîtres,quelques commandements brefs d’officiers, et, aumilieu de haies vivantes d’officiers courbés, par-dessusles dos arrondis que zébraient les cordons multico-lores, je vis passer, du coin où je m’étais précipitam-ment enfoncé et caché, le moderne Charlemagne,proclamé une semaine auparavant, dans la grande
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