354 JOURNAL d’üN OFFICIER ü’oRDONNANCE.
galerie des glaces du palais de Louis XIV, le souverainmaître qui nous tenait tous sous son genou et quis’avançait, calme, souriant, le casque à la main, lais-sant voir sa tête de vieillard et sa physionomie à lafois paternelle et rude.
Et quand, par la pensée, je franchis, avec la vitessede 'éclair, la route parcourue déjà si souvent, et que jerevis nos généraux tristes, sombres, sans suite, sansescorte, fuyant en quelque sorte les troupes qu’ilsavaient commandées, ces uniformes souillés, fati-gués par les travaux du siège, et ces pauvres soldatsdéguenillés, — je retrouvai agrandi, élevé à la hau-teur de l’épopée, le contraste navrant que me pré-sentaient journellement, dans le petit salon de larue de Provence, les ministres des deux nations,Bismarck le colosse, et Jules Favre l’urne lacryma-toire.
Je me mordis les lèvres jusqu’au sang pour refoulerun sanglot, devant cette involontaire résurrection,dans mon cerveau, de nos malheurs et de nos hontes,se dressant en face de ces gloires et de ces prospé-rités...
Le même jour encore j’entendis un curieux échanged’impressions et d’opinions entre M. de Bismarck etJules Favre, car il ne faudrait par croire qu’ils cau-sassent tout le temps uniquement de l’objet de leurmission. La conversation, généralement guidée par lechancelier, s’égarait souvent et effleurait capricieuse-ment tous les sujets possibles.
Jules Favre venait de parler de l’amour de la