306 JOURNAL d’üN OFFICIER D’ORDONNANCE.
vérité exacte au sujet des subsistances, et qu’en réa-lité nous étions moins à sec qu’on ne l’a dit. Onavait d’abord parlé du mois de mars, comme termeextrême des vivres. Puis on déclara qu’on s’étaittrompé, qu’on ne pourrait aller plus loin que lespremiers jours de janvier. S’était-on trompé vérita-blement? Je ne le pense pas. La preuve, c’est quel’abondance a régné dans Paris, avant que, mathéma-tiquement, les trains d’approvisionnement aient puentrer dans les gares; et que, longtemps après lapaix, j’ai constaté un peu partout qu’il y avait desmonceaux de farine gâtée, de pommes de terre pour-ries, de lard rance, etc., etc. Je ne blâme pas legouvernement d’avoir prévenu le moment où le painaurait réellement manqué, et, à défaut d’autres ex-cuses, il en aurait trouvé une suffisante pour expli-quer la capitulation dans la progression effrayante dela mortalité, pendant les dernières semaines du siège,et surtout de la mortalité infantile.
Donc, officiellement, la plus grosse question, laquestion urgente, celle qui avait amené Jules Favreà Versailles, étant celle du ravitaillement, il était na-turel que les ingénieurs et directeurs de chemins defer vinssent s’entendre avec les autorités allemandespour les travaux de raccordement des lignes coupées,de réfection des ponts, des tunnels, pour la locationd’un matériel roulant, d’ailleurs préparé d’avancepar les Allemands, — qui, l’armistice une fois signé,se sont montrés absolument corrects et même pré-venants.