EN CAMPAGNE.
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d’énergie, il devait attirer l’attention de Pierre. Celui-ci auratoujours une prédilection pour les hommes de tempéramentrobuste comme le sien. Patrick Gordon souffrait bien d’une) maladie d’estomac, qui finit par l’emporter; mais en 1697, àsoixante-quatre ans, il terminaitsonjournal(l) sur cette phrase :« Ces jours-ci j’ai éprouvé pour la première fois une diminu-tion sensible de santé et de forces. >>
Francis Lefort était venu à Moscou en 1675, avec quinzeofficiers étrangers en quête de fortune comme lui. Suisse d’ori-gine, il appartenait à une famille qui, à l’époque de la réfor-mation, avait quitté la ville de Coni où elle s’appelait Lifforti,pour s’établir à Genève. Son père était droguiste : haut com-merce. Vers 1649, les femmes de cette classe avaient obtenude la Chambre de réformation le droit de porter « des robes detaffetas double à fleurs » . A dix-huit ans, Francis partait pour| la Hollande avec soixante florins et une lettre du princeCharles de Courlande le recommandant à son frère Casimir.Charles habitait Genève; Casimir servait les Hollandais avecun corps de troupes. II fit du jeune homme son secrétaire, luiJ donnant comme appointements sa défroque, qui valait| 300 écus, et l’argent des cartes, qui en valait 50 par jour (2).
[ Le bénéfice était grand, mais peu sûr. Deux années plus tard,Lefort s’embarquait pour Arhangel. Sa première idée en met-tant pied en Russie fut de s’en aller. Mais on ne quittait pasalors l’empire des Tsars quand et comme on voulait; les étran-gers y étaient étroitement surveillés, les partants passant pour; des espions. Il resta deux années à Moscou, pensant y mourirs de faim ; songea à se perdre dans la suite d’un des membres,relativement respectés, du corps diplomatique, vagabonda desantichambres de l’envoyé danois aux cuisines de l’envoyéanglais, ne put se caser nulle part. Des amis pourtant luiétaient venus peu à peu parmi les habitants de la Sloboda, des
y (i) Non publié encore, sauf dans une traduction allemande; l’original est aux; Archives du Ministère de la guerre, à Saint-Pétersbourg; des fragments ont paru* en 1859 à Aberdeen (publication du Spadling Club).
; (2) Vulliemin, Revue suisse, t. XXIX, p. 330.