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L’ÉDUCATION.
protecteurs secourables, et même une jolie protectrice, veuved’un colonel étranger et fort riche. En 1678, il prenait défini-tivement le parti de se fixer dans le pays et commençait pars’y marier. C’était une condition préalable à remplir; il fallaitavoir une famille et une maison pour désarmer la défiance. Ilépousa Élisabeth Souhay, fille d’un bourgeois de Metz, catho-lique, assez bien dotée, avec de belles relations. Deux frèresde madame Souhay, deux Bockkoven, Anglais de naissance,avaient de hautes charges dans l’armée; Patrick Gordon étaitle gendre de l’un d’eux. Lefort fut engagé par là sans doute àadopter également la carrière des armes, pour laquelle iln’avait d’ailleurs ni goût ni aptitudes (1).
Ce n’est évidemment pas à l’école de ces deux étrangersque Pierre le Grand et son armée ont appris ce qu’il leurfallait apprendre pour arriver à Poltava. Ainsi que je l’aiindiqué par avance, l’influence de l’un et de l’autre sur l’œuvreimmense de progrès, de réformes et de civilisation, à laquellele fils de Nathalie Narychkine a attaché son nom, n’a-t-elle étéaussi que très indirecte. A l’heure où cette œuvre en sera à sapremière ébauche, tous deux se suivront de près dans la tombe.Et, pour le moment, Pierre a d’autres soucis en tête, et les leçonsqu’il prend du vieil Écossais et du jeune Genevois n’ont riende commun avec la science de Yauban, ni avec celle de Colbert.
Lefort est propriétaire maintenant, sur les bords de laIaouza, d’une maison spacieuse et élégamment meuhlée dansle goût français, qui, depuis quelques années déjà, est devenuele rendez-vous favori des habitants du Faubourg. Même en sonabsence, on a pris l’habitude d’y venir pour boire et fumer.Une loi d’Alexis a proscrit l’usage du tabac ; mais, à cet égard,comme à beaucoup d’autres, le Faubourg est terre d’asile.Comme organisateur de parties de plaisir, le Genevois n’a pas
(1) Korïî, Diarium itineris in Moscoviam, Vienne, 1700, p. 214. — Comp.Oustrialof, t. II, p. 13; Alex. Gordon, History of Peter the Great, t. I,p. 136; t. Il, p. 154; Solovief, Hist. de Russie) t. XIV, p. 142. — La biographiede Posselt, transcrite en français par Vtjlliemin (Der General und Admirai FranzLefort , Francfort, 1866), est riche en renseignements curieux, mais dépourvue decritique.