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L’ÉDUCATION.
l’autre. Ce n’était pas là d’ailleurs que devait se porter legrand effort de l’armée moscovite. Emmenant avec eux legros des forces disponibles, toute la vieille armée de l’empire,celle qui avait accompagné Galitsine dans ses néfastes entre-prises contre les Tatars, les boïars suivraient simplement latrace de ses pas et recommenceraient sa campagne, — avec lemême succès. La tentative sur Azof n’était qu’une pointe ac-cessoire, un coup de main isolé, où l’initiative du jeune Tsardevait se donner carrière. On était content, dans l’énormecamp qui s’acheminait d’autre part vers la Grimée, d’êtrequitte de sa présence, et on le laissait faire. Il ne se mettaitpas non plus en grande dépense de préparatifs. Dans sa pensée,qu’accuse nettement une de ses lettres écrite au début de l’ex-pédition (1), celle-ci ne serait qu’une suite des grandes ma-nœuvres dont la forteresse de Presbourg avait été le centre. IIcomptait prendre la ville par surprise. Il se retenait, toutefois,de confier ses régiments « de plaisance » aux chefs improvisésqu’il leur avait imposés naguère dans les combats burlesqueslivrés sur les bords de la Iaouza. Ces combats l’avaient convaincuapparemment qu’il était arrivé à posséder, dans les troupes quiy avaient pris part, une force militaire sérieuse, susceptibled’affronter la grande guerre ; mais apparemment aussi il avaiteu conscience que l’aventure à courir, étant autre cette fois,réclamait d’autres précautions. Il avait donc donné congé auxrois de Presbourg et de Pologne ; mais, en même temps, fidèleà des errements abandonnés depuis longtemps dans l’art mili-taire de l’Occident, il avait voulu diviser le commandementsuprême. Son corps d’armée, où figuraient tous les régimentsde formation nouvelle, ceux delà garde, celui de Lefort, avecquelques détachements de miliciens, milice urbaine et milicede cour, Streltsy et Tsaredvortsy, en tout trente et un millehommes, possédait trois généraux en chef, Golovine, Gordonet Lefort (2).
(1) 16 avril 1695, à Apraxine. Écrits et Correspondance, t. I, p. 28.
(2) Petrof, La force armée de la Russie , Moscou, 1892 (ouvrage publié sousles auspices du Ministère de la guerre), t. II, p. 4.