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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’ÉDUCATION.

Pierre, en les voyant faire, médite sans doute, là déjà, sousles murs de la forteresse imprenable, le sort qu’il leur réser-vera dans un avenir prochain. L’aspect et les façons de toutce monde, avant la venue tardive des hommes d’art promispar l’Empereur, évoquent les souvenirs du siège de Troie : lesgénéraux perdant la tête et Gordon, le plus habile de tous,ayant en vain essayé d’ouvrir une brèche, tous les corps detroupes, officiers et soldats, sont réunis en conseil de guerre,appelés à donner leur avis sur les opérations à tenter. UnStrelets suggère l’idée d’une levée de terre à dresser contre lesremparts ennemis, de manière à les dominer, puis à les ense-velir. Vladimir le Grand s’est, paraît-il, servi de cet expédientpour réduire Kherson (1). On adopte d’enthousiasme la stra-tégie de Vladimir, mais on ne réussit qu’à effrayer un peu lesTurcs et à faire sourire les ingénieurs allemands, quand ilsarrivent enfin à destination. Pierre lui-même est charmantd’entrain, de gaieté, de hardiesse juvénile. A sa sœur Nathaliequi s’inquiète des dangers auxquels elle le suppose exposé, ilécrit plaisamment : « Je ne cours pas après les balles ; ce sont“ elles qui courent après moi ; veux-tu leur dire de n’en rien« faire? » Mais, déjà très ferme dans les résolutions à longueéchéance, il est, lui tout le premier, également susceptiblede trouble et de découragement momentané, très facile àdéconcerter. Le 20 mai, ayant tenté une reconnaissance de laflotte turque, à laquelle il s’agit d’interdire l’accès du Don etle ravitaillement de la forteresse, on le voit épouvanté sou-dain par son apparence formidable, battant précipitammenten retraite avec ses galères. Le lendemain, à dix heures dumatin, il paraît chez Gordon, sombre, abattu, prévoyant lepire ; à trois heures de l’après-midi, il revient rayonnant dejoie : sans en avoir reçu l’ordre de qui que ce soit, n’obéissantqu’à leur courage, ses Cosaques, montés sur leurs tchaîki,frêles nacelles en cuir, volant sur l’eau comme l’oiseau auquelelles empruntent leur nom ( tchaîka, mouette), ont attaqué la

(1) Petrof, t. II, p. 6.