84
L’ÉDUCATION.
nomme? Même à propos des affaires de Pologne, dont ils ontl’occasion de s’occuper fréquemment, ils n’en font aucunemention. Évidemment ils- ne se doutent pas du rôle que lefutur allié d’Auguste II prétend, dès à présent, y jouer.
L’apparition du souverain moscovite hors des frontières deson empire, assez peu connues généralement, n’éveillaitquelque intérêt que dans un milieu très spécial. L’année sui-vante, elle fournira au corps enseignant de Thorn la matièred’une dispute publique (1). Les savants avaient commencé,depuis quelque temps déjà, à s’occuper de la Moscovie. EnAngleterre, Milton avait écrit un livre sur le grand empire duNord et suscité toute une littérature consacrée au mêmeobjet. En Allemagne, Leibnitz exprimait récemment l’opinionque les Moscovites seuls seraient capables d’affranchir l’Eu-rope du joug ottoman. Mais aussi était-ce avec le mondescientifique surtout que Pierre Mihaïlof se souciait pour lemoment d’entrer en relation, et, à ce point de vue, après lagrande crise qui avait mis Louis XIV en présence de la plusformidable des coalitions, et avant la crise prochaine de lasuccession d’Espagne, dans le bref intervalle de répit et dedétente que l’épuisement de la France accordait à l’Europe,le moment était propice pour une tournée d’étude ou de plai-sir à travers le vieux continent européen.
Annoncé pour le mois de février 1697, le départ se trouvaitretardé par la découverte d’un complot contre la vie du Tsar.A la tête des conjurés, nous retrouvons une vieille connais-sance, Tsikler, l’ancien comparse de Sophie, un rallié, dontles dédains de Pierre ont fait un mécontent. Quant à sescomplices, on les devine : encore et toujours les Streltsy !Pierre les verra donc éternellement devant lui, haineux etmenaçants ! L’incident était, d’ailleurs, rapidement vidé ;quelques têtes à couper, et l’on partait, enfin, le 10 mars. Maisune ombre avait été jetée sur la joie du voyage, et dans l’âmedu jeune souverain un supplément de rancune terrible.
(1) Conjectura aliquot politicœ de susceptis ma g ni Moscoviœ Ducis... itine-\ribus. Thorunii, 1698. (Bibliothèque de Saint-Pétersbourg.)