EN VOYAGE.
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« ce qu’on donne pour les bêtes rares, pour l’employer enii cette occasion. » Et un mois après : « Quoique je sois« ennemie de la malpropreté, la curiosité l’emporte pour le
il COUp (1). i)
Intéressé à son tour, entraîné sans doute par les souvenirsque lui avaient laissés les Allemandes aimables de la Sloboda,Pierre se prêta de bonne grâce à une rencontre, qui eut lieu àKoppenbrügge, dans le grand-duché de Zelle, un fief de lamaison de Brandebourg appartenant au prince de Nassau. Lejeune souverain fut d’abord effrayé par le nombre de per-sonnes qu’il y aperçut, les deux Électrices ayant négligé del’avertir qu’elles amenaient toute leur famille. Il faisait minede se dérober, quittait précipitamment le village, et l’on étaitobligé de parlementer pendant une heure pour le faire reve-nir. Il paraissait enfin au château ; mais au compliment queles deux princesses lui adressaient, il ne répondait que par desgestes, se couvrant le visage de ses mains et répétant : « Ichkann nicht sprechen.. . (2). » Sauvagerie, mais aussi timiditéconstitutionnelle, je maintiens le trait, et je le vois confirmépar la suite de l’entrevue; car le jeune souverain ne tarde pasà revenir de son émoi et s’apprivoise assez vite. Au souper, illaisse voir encore un peu de gaucherie et commet quelquesincongruités, s’embarrasse de sa serviette, dont il ignore l’em-ploi, et mange malproprement. Il oblige tout le monde à demeu-rer quatre heures à table pour boire, en se levant chaque fois,des toasts sans fin à sa santé, mais arrive, malgré tout, à nepas produire une mauvaise impression. Il paraît simple avecbeaucoup d’esprit naturel, répond promptement aux questionsqu’on lui fait et, une fois lancé, soutient sans embarras lesplus longues conversations. On lui demande s’il aime la chasse,et il répond en montrant ses mains de travailleur couvertes decalus; il n’a pas le temps de chasser! Après le souper, il con-sent à danser, non sans demander que les deux princesses lui
(1) Vahnhagen von Ense, Leben der Ko ni g in von Preussen , Sophie-Charlotte ,Berlin, 1837, p. 74, 76.
(2) Je ne sais pas parler.