Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
92
JPEG-Download
 

92

L’ÉDUCATION.

en donnent préalablement l’exemple. Il veut mettre des gants,mais on n’en trouve pas dans ses effets. Les seigneurs de sasuite prennent les corsets garnis de baleines de leurs danseusespour des attributs naturels et font tout haut l’observation queles dames allemandes ont des dos durs en diable. Il fait venirun de ses fous, et, comme on ne paraît pas goûter les ineptesfacéties du personnage, il s’arme d’un énorme balai pour lemettre dehors. Mais encore une fois, tout compte fait, il séduitencore plus qu’il n’étonne. C’est un aimable sauvage. Mieuxque cela, « c’est, écrit l’Électrice mère, un homme tout à faitu extraordinaire. Il est impossible de le décrire et même de« s’en faire une idée, à moins de l’avoir vu. » Les quatre heu-res du souper n’ont pas paru trop longues, ni à la mère ni à lafille; toutes deux y seraient restées plus longtemps encore,« sans éprouver un moment d’ennui » . Rendant compte àFuchs de ses impressions, la fille termine même sa lettre surcette phrase inachevée et très suggestive : « En voilà assezpour vous lasser; mais je ne saurais qu’y faire; j’aime à parlerdu Tsar, et, si je m’en croyais, je vous dirais plus que... Jereste bien affectionnée à vous servir (l). »

Leibnitz n’a.pas été malheureusement de la fête. Il a comptésur le passage de l’ambassade à Minden et esquissé à la hâteun plan de travaux et de réformes à présenter au Tsar. Il n’estparvenu à voir qu’un neveu de Lefort, qui l’a éconduit poli-ment. Pierre est resté inaccessible; les savants qui ne construi-saient pas de navires et n’entendaient rien à la préparation desfeux d’artifice ne l’intéressaient pas encore. Il était pressé devoir la patrie de Karschten-Brandt et de Kort. Sur la routed’Amsterdam, à Schenkenschen, ville hollandaise de la fron-tière, une femme demande aux voyageurs s’ils sont chrétiens.Le bruit circulait que les Moscovites allaient se faire baptiserà Clèves !

(!) Ermànn, Mémoires pour servir a l’histoire de Sophie-Charlotte, Berlin,1861, p, 116-120. Les détails de l’entrevue sont empruntés à la Correspondancedes deux princesses avec Fuchs.