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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LÉDUCATION.

ces occupations multiples, il visite des scieries, des pressoirs,des filatures, des fabriques de compas, des ateliers de serru-rerie ; il entre dans une papeterie, sy empare de lappareil àtirer les feuilles et sacquitte à merveille de cette besognedélicate. Combien lui a-t-il fallu de temps pour faire tout cela?Près de deux ans, répond Voltaire (1). Il est resté à Zaandamhuit jours !

Comment y est-il venu ? Un peu par leffet du hasard etbeaucoup par leffet de lignorante naïveté qui laccompagneraconstamment dans ce premier tour dEurope. Zaandam était àcette époque un centre de constructions navales assez considé-rable ; on y comptait jusquà cinquante chantiers ; mais aupoint de vue soit de limportance, soit de la perfection des tra-vaux, ces établissements ne pouvaient soutenir aucune compa-raison avec ceux dAmsterdam. Abandonnant à Koppenbrüggele gros de ses compagnons de voyage, se faisant suivre par unedizaine seulement de « volontaires », Pierre brûlait la grandemétropole et poussait droit à la petite bourgade voisine. Pour-quoi ? Parce que, parmi les charpentiers hollandais, dordreinférieur naturellement, quil avait employés à Préobrajens-koïé, à Péréiaslavl et à Voronèje, les meilleurs sétaient trou-vés par aventure originaires de Zaandam. Il en avait concluquil lui fallait aller, et non ailleurs, pour voir de beauxnavires et bien apprendre à les construire.

Il descend à lauberge ; cédant à sa manie de travestissement,il se fait en toute hâte apporter pour lui et pour les siens desvêtements de bateliers indigènes, camisole rouge aux gros bou-tons, veste courte et larges culottes, et les voici déambulantpar les rues dans cet accoutrement, visitant les chantiers,pénétrant dans les maisons ouvrières à la grande stupéfactiondes habitants. Ces maisons ressemblent fort à celles que Pierrea toujours occupées dans son propre pays; il en trouve une àson gré et sy établit. Il fait lemplette dun boeijer , petit bâti-ment à voiles, y adapte un mât brisé, invention nouvelle alors,

(1) Voltaire sest quelque peu contredit lui-même à ce sujet. Comp. OEuvres,édit, de 1853, t. IV, p. 576 et 663.