EN VOYAGE.
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triomphe de la religion chrétienne sur la foi de Mahomet (1).
Il y a évidemment dans tout cela plus de fièvre qued’application réfléchie, beaucoup de caprice et même un peude folie. Les notions de science et d’art qu’il a ramassées dela sorte sont déconcertantes : « Si vous voulez faire un vais-seau », lisons-nous dans un de ses cahiers d’étude datant decette époque, «. commencez, ayant pris la largeur superficielle,par faire aux bouts des angles droits (2)... » Avec toute l’uni-versalité de son génie, le plus étendu et le plus compréhensifque le monde moderne ait connu, Napoléon ne prétendrajamais être un grand médecin, ni faire des eaux-fortes; il spé-cialisera ses connaissances pratiques. Pourtant, en agissantainsi qu’il fait, Pierre suivait un instinct qui ne le trompaitpas ; il se préparait admirablement pour la vraie besogne quil’attendait et qui devait être, non pas la construction d’unvaisseau, d’une usine ou d’un palais, — les spécialistes étran-gers s’en chargeraient toujours, — mais l’installation d’unecivilisation tout entière. Au fond, il ne faisait que continuerce qu’avaient commencé déjà ses premiers tâtonnements àtravers les trésors exotiques de la Oroujennaïa Palata : l’inven-taire hâtif, et sommaire comme de raison, du bric-à-bracindustriel, scientifique, artistique, dont il s’était proposé defaire l’emprunt au monde occidental. Seulement, le champ desa curiosité s’était agrandi, et, son esprit s’élargissant en pro-portion, l’enfant insoucieux, l’adolescent distrait de tantôt serévélait de plus en plus souverain. A Péréiaslavl ou à Arhangelil lui était arrivé fréquemment d’oublier Moscou et le reste deson empire. Ce n’était plus cela maintenant. Si éloigné qu’ilfut de sa capitale et des frontières de son pays, il voulait qu’onle tînt au courant des moindres détails se rapportant à cettegestion des affaires publiques dont il avait fait volontiersnaguère un si complet abandon; il entendait savoir jour par
(1) Scheltema, La Russie et les Pays-Bas, Amsterdam, 1817, t. I, p. 221 ;F. Muller, Essai d’une bibliographie néerlando-russe, p. 164-165; Piekarski,La science et la littérature en Russie, Pétersbourg, 1862, t. I, p. 9. La gravureest au musée d’Amsterdam.
(2) Oustrialof, t. III, p. 93.