EN -VOYAGE.
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levées ou brûlées, tentures arrachées ou salies, tableaux deprix entièrement perdus, les cadres en morceaux. Il a réclaméet obtenu du trésor le remboursement de sa perte (1). A moitiéruinée aujourd’hui, comprise dans les docks et occupée par laPolice et les bureaux de la comptabilité, la maison — SaysCourt — n’en garde pas moins le souvenir de l’hôte illustrequ’elle a abrité. La rue qui y conduit s’appelle toujours Czars-Street.
Pierre a sérieusement travaillé à Deptford sous la directiondu célèbre Antoine Dean, dont le père s’était rendu impopu-laire en passant en France pour y enseigner son art de con-structeur. Dans une lettre datée du 4 mars 1698, à propos d’unexcès dont un de ses remplaçants provisoires s’était rendu cou-pable à Moscou en état d’ivresse, il disait, non sans une pointede mélancolique regret : « Nous ne risquons pas ici d’en faire« autant, étant sans répit plongés dans l’étude. » Mais à Dept-ford même il ne s’est plus laissé absorber par son labeur d’ap-prenti, ni par sa passion pour les choses de la mer; il a, commeen Hollande, universalisé ses études et ses préoccupations; ila poursuivi le recrutement de ses futurs collaborateurs : ou-vriers et contremaîtres pour ses mines de l’Oural, ingénieurspour le percement d’un canal de communication entre laCaspienne et la mer Noire par le Volga et le Don; il a négociéavec le marquis de Caermarthen la concession à un groupe decapistalistes anglais du monopole des tabacs en Russie, moyen-nant l’assez modique somme de quarante-huit mille roubles,dont il a eu besoin pour équilibrer le budget chancelant deson ambassade. Burnet a oublié tout cela. La légende, elle,s’est souvenue d’un diamant brut enveloppé dans un morceaude papier sale, présent symbolique dont Pierre aurait, à sondépart, gratifié son royal hôte. A Kœnigsberg déjà, s’il fallaiten croire les conteurs d’anecdotes, il y a eu l’aventure d’unénorme rubis jeté à table dans le corsage de l’Électrice (2) —qui ne s’y trouvait pas.
, (1) Cuoubinski, Esquisses historiques, Pétersbourg, 1893, p. 30.
(2). Coxe, Travels, Londres, 1874, t. IV, p. 87; Niestroief, Séjour de