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L’HOMME.
ministres de l’Empereur observent en 1698 — à vingt-quatre ans ! — et l’expression farouche du regard. Admis àbaiser la main d’Ivan et de Pierre, lors du duumvirat des deuxfrères, l’archevêque de Novgorod, Ianovski, n’avait éprouvéaucun embarras à aborder l’aîné des souverains; mais, enrencontrant le regard de l’autre, il a senti ses jambes se déro-ber sous lui. Il eut toujours, depuis, le pressentiment qu’ilrecevrait la mort de cette autre main, à peine effleurée par seslèvres glacées.
« On a su, rapporte Staehlin, que ce monarque, encore« jeune et jusqu’à sa mort, fut sujet à de fréquents et courts« accès d’un spasme assez violent dans le cerveau. C’étaient» des espèces de convulsions, qui le jetaient pour un certain« temps, souvent même pendant des heures entières, dans un« état si fâcheux qu’il ne pouvait souffrir personne, pas même« ses meilleurs amis. Ce paroxysme s’annonçait toujours par« une forte contorsion du cou vers le côté gauche et par une« violente contraction des muscles du visage (1). » De làl’emploi continuel de remèdes parfois bizarres, comme cer-taine poudre préparée avec l’estomac et les ailes d’une pie (2).De là aussi l’habitude de dormir les deux mains accrochéesaux épaules d’un officier d’ordonnance (3). On a voulu y voirla source des suppositions malveillantes dont les mœurs in-times du souverain ont été l’objet. L’explication n’est mal-heureusement pas suffisante. En 1718, se trouvant à tableavec la reine de Prusse, Pierre se met à faire avec une de sesmains — celle qui tient le couteau — des mouvements siviolents que Sophie-Charlotte prend peur et veut se lever.Pour la rassurer, il lui saisit le bras, mais en la serrant si fortqu’elle pousse un cri. Il hausse les épaules : « Catherine a lesos moins délicats. » C’est la remarque qu’on l’entend faire àhaute voix (4).
(1) Anecdotes (trad. Richou), Strasbourg, 1787, p. 80.
(2) Scherer, Anecdotes 9 Paris, 1792, t. II, p. 82.
(3) Nartof, ouvrage cité, p. 29.
(4) Mémoires de la margrave de Baireuth , t. I, p. 43.