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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

III

Le courage est-il chez lui à la hauteur de son énergie et deson génie entreprenant, aventureux même? Il ne recherchepas le danger, comme son adversaire suédois; n’y trouvepas son plaisir. Au début, il s’est donné même tous les airsd’un franc poltron. On n’a pas oublié sa fuite précipitéedans la nuit du 8 août 1689 et son apparition peu héroïque àla Troïlsa. Il recommence en 1700 sous les murs de Narva.En dépit des explications et apologies les plus ingénieuses, lefait brutal est là : à la nouvelle de l’approche inattendue duroi de Suède, il quitte son armée, abandonnant le comman-dement à un chef non encore éprouvé, engagé de la veille, etle munissant d’une instruction qui, au dire de tous les jugescompétents, accuse autant de désordre d’esprit que d’igno-rance. « Ce n’est pas un soldat » , dit brutalement le généralsaxon Hallard qui le voit à ce moment dans la tente du nou-veau commandant, le prince de Croy, « consterné et à moitiéfou », se lamentant et buvant rasades sur rasades d’eau-de-vie,pour se remettre, oubliant de dater son instruction et d’y faireapposer le sceau de sa chancellerie (1). Dans son journal, Pierredonne à entendre qu’il a ignoré la marche rapide de Charles XII,et ce mensonge flagrant vaut un aveu.

A Poltava, pourtant, il fait bravement son devoir, payantde sa personne au plus fort de la mêlée (2). Il s’y est préparé àl’avance, ainsi qu’à une redoutable et pénible épreuve, sans

(1) Documents publiés par Herrmànn, dans son Histoire de Russie, t. IV,p. 116. Vockerodt (Journal publié par Herrmann, Russland unter Peter d . G.,

1 1872, p. 42) et Kelch (.Lieflandische Geschichte, 1875, t. II, p. 156) sont égale-ment affirmatifs dans le même sens.

(2) Les historiens suédois eux-mêmes le reconnaissent. Voy. Lündblad, t. II,

p. 141.