TRAITS DE CARACTERE.
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élan, mais sans faiblesse, froidement, tristement presque.Rien du paladin chez lui, aucune trace d’esprit chevale-resque, et en cela encore il est bien Russe. Malade et alité aucommencement de l’année, c’est sur un ton de mélancoliequ’il a demandé à Menchikof de le prévenir quand il y auraitcertitude d’une rencontre décisive, « ce jeu ne devant pas luiêtre épargné ». Une fois qu’il a pris son parti, les risquespersonnels à courir dans l’aventure lui apparaissent confondusavec les autres, sur le même plan; il les calcule avec le mêmesang-froid et les accepte, s’il y a lieu, avec la même hauteurd’âme. En 1713, le vice-amiral Gruys voudrait qu’il nes’exposât pas personnellement dans une croisière périlleuse ;il invoque des catastrophes récentes, l’exemple d’un amiralsuédois qui a sauté avec son bâtiment. Pierre écrit en margedu rapport : « L’okolnitchyî Zassiékine s’est étranglé avec une« oreille de porc... Je ne conseille ni n’ordonne à personne de« courir les hasards ; mais prendre de l’argent et ne pas servir« est une honte. » C’est toujours l’idée du service dû, du devoirqui le guide, ainsi qu’un jalon planté devant ses yeux, et luifait gravir la pente escarpée des mâles vertus et des héroïquessacrifices; mais toujours il lui faut du temps pour se hisser ausommet, et cet homme, un des plus intrépides à la longue, desplus résolus et des plus obstinés, est aussi un des plus promptsà se décourager sur le moment et des plus pusillanimes à cer-taines heures critiques. Napoléon, cet autre grand nerveux,aura aussi de ces défaillances subites et momentanées, sousle coup d’une défaite, et de ces retours d’âme, lui rendant avecla possession de soi-même l’emploi de ses facultés exaltéesencore et de ses ressources décuplées; mais chez Pierre lephénomène prend des proportions plus accentuées. En appre-nant la défaite de son armée sous les murs de Narva, il sedéguise en paysan, pour échapper sans doute plus facilementà la poursuite de l’ennemi qu’il croit déjà sur ses talons; ilverse des torrents de larmes et tombe dans un tel état deprostration que personne n’ose plus l’entretenir des choses dela guerre. Il est prêt à subir les conditions de paix les plus