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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

humiliantes (1). Deux années après, il est devant Notebourg,une bicoque, dont il a entrepris le siège avec toute son armée.Un assaut qu’il conduit en personne n’a pas tout d’abord lesuccès qu’il s’en est promis; vite, il ordonne la retraite.— « Dites au Tsar qu’à cette heure je n’appartiens plus àPierre, mais à Dieu » , répond un lieutenant-colonel, MichelGalitsine, commandant un détachement du Siemionovski.D’après d’autres te'moignages, l’ordre envoyé par le Tsar neparvient pas à destination, mais, avec ou sans ordre, et peut-être sans le mot héroïque recueilli par la légende, Galitsinepoursuit l’attaque et emporte la place (2).

Beaucoup plus tard encore, et même après Poltava, Pierrerestait le même à cet égard; l’aventure du Pruth, sur laquellej’aurai à revenir, en est une preuve. Il y a eu en lui un mélangepresque paradoxal de vigueur et de faiblesse, où semble s’ac-cuser le conflit d’éléments constitutifs contradictoires. Si fer-mement attaché aux grandes lignes d’une vie et d’une œuvredont l’unité et la suite sont une des merveilles de l’histoire, ilétait dans le détail l’inconstance, la versatilité personnifiée.Ses idées et ses résolutions changeaient comme son humeur,brusquement, en coup de vent. C’est essentiellement unimpulsif. Pendant son voyage en France, en 1717, un concertde plaintes s’élèvera, parmi tous ceux qui auront à le servir,sur le continuel changement de ses projets. On ne saurajamais ce qu’il s’avisera de faire demain, dans une heure, où ilvoudra aller, et comment. Pas un séjour dont la durée pourraêtre fixée, pas une journée dont le programme se laisseraarrêter à l’avance. Le trait est bien dans le caractère slave,produit composite d’origines, de cultures, d’influences diverseset extrêmes, asiatiques et européennes ; la race lui doit peut-être, en partie, la résistance, le fond extraordinaire dont ellefait preuve dans les entreprises de longue haleine. Une détentefréquente soulage le ressort et en empêche l’usure. Mais ce

(1) Vockerodt, qui peint la scène, y met peut-être un peu d’exagération; maisla multiplicité des traits analogues me paraît concluante.

(2) Oustrulof, t. IV, p. 197-202.