TRAITS DE CARACTÈRE.
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mélange de souplesse et de rigidité peut aussi être individuel ;on le retrouve chez quelques-uns des émules historiques dugrand Réformateur, providentiellement destiné, pourrait-oncroire, à ménager l’économie de leurs forces. Pierre était servipar lui jusque dans le domaine des intérêts les plus graves.La facilité avec laquelle il changeait de front, tournant le dosà la Turquie pour faire face à la Suède, abandonnant sesprojets sur la mer d’Azof pour se rejeter sur la Baltique, maiss’engageant à fond toujours et partout, sans jamais disperserson effort, en procédait assurément. Et de même sa facilitétrès grande à reconnaître, sur des points de détail toujours,une erreur de jugement personnelle, une faute commise.En 1722, révoquant l’oukase par lequel il avait introduit dansle Sénat, assemblée législative, les présidents des collègesd’administration, il le qualifiait sans embarras de « mesureinconsidérée ». Gela ne l’empêchait pas de tenir bon, dansd’autres occasions, contre toutes les opinions et contre toutesles influences, contre vent et marée. Nul homme ne sutmieux vouloir ni mieux se faire obéir. L’inscription : « Faciaputo quæcumque jubeo » , qu’un lecteur d’Ovide a placée surune des médailles commémoratives des grands événementsde son règne, pourrait être choisie, entre toutes, pour sadevise.
Il est à observer que, dans ses erreurs comme dans sesdéfaillances, c’est toujours le cerveau seul qui est en cause; lecœur n’y a aucune part. Pierre n’est sentimental à aucun degré.Ses faiblesses les plus choquantes pour Menchikof, pour d’au-tres favoris, paraissent simplement le produit d’un calcul malétabli peut-être. Il plaçait très haut le niveau intellectuel detel ou tel de ses collaborateurs et très bas le niveau moral detous. Menchikof était bien un coquin à ses yeux, mais uncoquin de génie. Avec les autres, qui n’avaient pas de -génieassez pour compenser leurs peccadilles, il se montrait, comptas-sent-ils parmi ses plus intimes amis, très capable de fermeté,de dureté même. Tranquillement il annonçait à l’un d’eux,André Vinius, qu’il lui avait enlevé l’administration des postes,