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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

parce qu’il s’était convaincu que l’administrateur y gagnaitet faisait perdre à l’État plus que de raison. Et ce n’était pasun changement de| faveur. « Je n’ai pas de favoris pour meconduire par le nez » , affirmait-il à cette occasion (1).

A ce point de vue, je ne vois guère d’autre exemple d’uneinsensibilité également absolue. Au cours du procès de sonfils Alexis, dont les péripéties avaient de quoi pourtant l’émou-voir, il gardait la force, le loisir et le goût de se donner à lafois, et à d’autres affaires réclamant toute sa présence d’esprit,et à ses distractions habituelles. Un grand nombre d'oukasesconcernant la protection des forêts, l’administration de lamonnaie, l’organisation de divers établissements industriels,les douanes, le raskol, l’agronomie, portent des dates qui sontaussi celles des plus lugubres épisodes du terrible dramejudiciaire. En même temps, aucun des anniversaires que leTsar avait coutume de célébrer pompeusement et bruyam-ment n’était oublié ni négligé. Banquets, mascarades et feuxd’artifice allaient leur train.

Il y avait en lui un fonds de gaieté inaltérable, comme ausside très large sociabilité. Par certains côtés de son caractère etde son tempérament, il restait enfant jusque dans l’âge mûr,avec l’allégresse naïve, le besoin d’épanchement et la simpli-cité du jeune âge. A chaque événement heureux qui lui arri-vait, il ne pouvait se retenir de faire aussitôt part de sa joie àtous ceux qu’il supposait devoir s’y intéresser. Il écrivait ainsid’un coup jusqu’à cinquante lettres, pour un fait d’armes d’im-portance médiocre, la prise de Stettin, par exemple, en1713 (2). Toujours facile à amuser, on le voit à Dresde, en1711, montant sur des chevaux de bois, criant : « Plus vite !plus vite ! » et riant aux larmes quand la rapidité de la coursea désarçonné quelques-uns de ses compagnons (3). En 1720,au milieu des réjouissances populaires qui suivent la conclu-sion de la paix de Nystadt, il a l’air d’un écolier en vacances ;

(1) Lettre du 16 avril 1701. Écrits et Correspondance, t. I, p. 444.

(2) Golikof, t. V, p. 543.

(3) ârchiw für Sàchsische Geschichte, t. XI, p. 345.