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L’HOMME.
. « bouteilles de vin, ce qui retarde le voyage de Kronstadt (1). «En janvier 1725, les négociations engagées pour la conclusionde la première alliance franco-russe s’arrêtaient brusquement ;l’envoyé français, Gampredon, s’inquiétait, pressait le chance-lier Ostermann et finissait par lui arracher cet aveu expressif :« Il n’y a pas moyen pour le moment d’entretenir le Tsar de« choses sérieuses ; il est tout entier à ses amusements, qui« sont d’aller tous les jours dans les principales maisons de lau ville, suivi de deux cents personnes, musiciens et autres« qui chantent sur toute sorte de sujets et se divertissent à« boire et à manger aux dépens des personnes qu’ils visi-« tent (2). » Même à une époque antérieure, dans la périodela plus active et la plus héroïque de sa vie, Pierre a eu de cesdésertions momentanées, où se trahissait le vice de son édu-cation première. En décembre 1707, au moment où Charles XIIpréparait la campagne décisive qui devait le conduire aucœur de la Russie, la défense du pays se trouvait paralysée,parce que le Tsar était à Moscou et s’y amusait. Menchikof luienvoyait courriers sur courriers pour le décider à rejoindrel’armée ; il laissait les paquets non décachetés et continuait lafête (3). Il se reprenait vite, à vrai dire, et savait rattraper letemps perdu. Mais ce n’était pas pour faire sa police, évidem-ment, qu’il avait oublié ainsi, pendant de longues semaines,de faire la guerre à son terrible adversaire.
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Des goûts grossiers vont naturellement de pair avec cesmœurs de cabaret. Dans la société des femmes, où il ne laisse
(1) Sbornik, t. III, p. 382.
(2) Dépêche du 9 janvier 1725. Aff. élr. de France. — En ce sens aussi unelettre du résident hollandais de Bie au secrétaire des Etats généraux, Fagel, du3 décembre 1717. Archives de la Haye.
(3) Essipof, Biographie de Menchikof , Archive russe, 1875, p. 52.