Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
134
JPEG-Download
 

134

LHOMME.

et le knout font leur besogne, comme aussi sur les placespubliques aux exécutions se déploie lappareil des supplicesles plus révoltants. On croit même quil ny paraît pas tou-jours en simple témoin. Jaurai loccasion de revenir sur cepoint, à propos des scènes terribles qui ont marqué la fin desStreltsy. Mais la discussion soulevée à ce sujet me sembleoiseuse. Quil fasse à loccasion le métier du bourreau, pour-quoi pas? Il fait bien ceux du matelot, ou du menuisier, et ilne sent pas, il ne peut pas sentir la différence. Il est lhommequi cumule le plus de fonctions dans un pays le cumul desfonctions est dordre public, et son exécuteur des hautesœuvres à Saint-Pétersbourg figure aussi sur la liste des fous decour (1)! Pierre coupe donc des têtes? Cest possible. Et iltrouve du plaisir à le faire? Cest probable, comme à fairenimporte quoi : le plaisir de laction. Mais cest tout. Je necrois pas un mot de lanecdote contée par le grand Frédéric àVoltaire sur le repas dans lequel, en présence du baron dePrintzen, envoyé du roi de Prusse, le Tsar se serait diverti àdécapiter vingt Streltsy, en vidant autant de verres deau-de-vie, et aurait engagé le Prussien à suivre son exemple (2). Il ya ainsi, autour de chaque trait de ce caractère et de chaquechapitre de cette histoire, une foule de récits quil convientdécarter a priori, sans autre raison que celle de leur évidenteabsurdité. Pour les autres, un choix simpose. Jai déjà indiquémon guide habituel : la concordance de données, même diver-sifiées dans le détail, mais fournissant des indications dans unsens constant et précis. Or, je ne vois rien qui permette derelever chez Pierre la marque authentique des vrais fauves :lâpre volupté des souffrances infligées, le goût du sang. Nulletrace de sadisme chez lui et pas même lapparence habituellede lemportement sanguinaire. Il est dur, rude et insensible.La souffrance nest à ses yeux quun phénomène, comme lamaladie ou la santé, et ne lémeut pas davantage. Cest pourcela que je limagine volontiers, daprès la légende, poursuivant

(1) Siémievski, Slovo i Dielo , p. 262.

(2) Voltaire, Œuvres, t. X, p. 71.