TRAITS DE CARACTERE.
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ses condamnés jusque sur l’échafaud avec des reproches et desinvectives, raillant leur agonie et leur mort(l). Mais s’il estinaccessible à la pitié, quand il se juge dans son droit, il l’estaussi, et très fort, aux scrupules, quand la raison d’État nelui paraît pas en cause. Le fameux axiome de droit criminel,dont on a fait tant honneur à Catherine II : « Mieux vaut libé-rer dix coupables que condamner à mort un innocent », n’ap-partient pas à l’héritage historique de la grande souveraine.Pierre l’a tracé avant elle de sa main, et dans un règlementmilitaire encore (2)!
Des contemporains ont reconnu, il est vrai, l’impossibilitéd’expliquer un grand nombre de ses actions autrement quepar le plaisir qu’il aurait trouvé à faire faire aux autres deschoses déplaisantes, ou même, simplement, à leur faire dumal. On cite l’exemple de l’amiral Golovine, un favori pour-tant, refusant de manger de la salade, parce que le vinaigrelui fait horreur et l’incommode. Pierre lui en vide aussitôt ungrand flacon dans la bouche, au risque de l’étrangler (3).Je tiens l’anecdote pour vraie, parce qu’on m’en a contébeaucoup d’autres semblables. Des jeunes filles délicatesobligées à boire la ration d’eau-de-vie d’un grenadier ; desvieillards décrépits condamnés à gambader dans les ruesen costumes de saltimbanques, c’est l’histoire de tous lesjours pendant toute la durée du règne. Mais le fait est sus-ceptible d’une autre interprétation. Pierre a adopté unefaçon de se vêtir, de se nourrir et de se divertir qu’il a jugéeconvenable et qui, par cela même qu’elle lui convient, doitconvenir à tous. C’est sa façon d’interpréter et sa fonctiond’autocrate et son rôle de Réformateur. Il s’y tient. Levinaigre fait partie de la loi d’État, et ce qui a lieu pource condiment avec Golovine se répète, avec d’autres, pour
(1) SiÉmievski, ouvrage cité, p. 260.
(2) Rosenheim, La législation militaire en Russie , Pétersbourg, 1878, p. 155.Voy. aussi à ce sujet : Filippof, La réforme de Pierre le Grand et la loi pénale,p. 143 et suiv.
(3) Korb, ouvrage cité,p. 88.