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L’HOMME.
Sa correspondance est caractéristique à cet égard. Il n’écritpas de longues lettres, comme fera son héritière, Catherine II.Il n’a pas le temps. Pas de phrases, pas de rhétorique et pas da-vantage de calligraphie ni d’orthographe. Son écriture habituelleest presque aussi illisible que celle de Napoléon. Des lettresmanquent dans la plupart des mots. Il commence ainsi unbillet à l’adresse de Menchikof : « Alei liez brude in Kamamara,ce qui veut dire : Mein Herbrucler und Kamarad » (Mon frèrede cœur et camarade). Jusque dans sa signature « ne'pa. » , ilintroduit Une abréviation fantaisiste empruntée à l’alphabetslavon. Mais il dit vite et bien ce qu’il a à dire, trouvant ducoup et sans effort l’expression juste, le mot qui porte et quirésume sa pensée. Il affectionne pourtant le mode plaisant etil se peut que la grande Catherine l’ait simplement imité à cetégard. Il écrit par exemple à Menchikof au nom d’un doguefavori. Très souvent il a des boutades, des saillies d’une licencede pensée et de forme excessive, mais, plus souvent encore,il est incisif et mordant. Le vice-amiral Cruys lui adresse unrapport où il se plaint de ses officiers, en ajoutant des compli-ments pour le Tsar : « Homme de mer accompli Pierre saitmieux que personne combien la discipline est nécessaire dansla marine. » Il répond : « Le vice-amiral a lui-même fait choix« de ses subordonnés ; il ne doit s’en prendre qu’à lui-même de« leurs défauts. Dans une occasion récente il a paru moins con-« vaincu des qualités qu’il attribue actuellement au souverain.« Ses critiques comme ses louanges ont dû être faites après boire :« elles ne tiennent pas debout. Il faut me rayer du nombre des« marins habiles ou ne plus dire blanc quand je dis noir (1). »
La note orientale s’accuse dans le tour naturellement imagéet plastique de son style. A propos de son alliance avec leDanemark et des mécomptes qu’elle lui donne, je trouve soussa plume cette réflexion : « Deux ours s’accommodent mal dansune tanière » ; et cette autre : « Notre alliance est comme unepaire de jeunes chevaux attelés à une voiture (2). » S’agit-il de
(1) Oustrialof, t. IV, p. 272.
(2) 1712 et 1716. Lettres à Catherine I re , édit, de 1861, p. 29 et 49.