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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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TRAITS INTELLECTUELS.

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la Pologne, où les esprits sont en fermentation continuelle :« Lesaffairesy vont comme de la jeune trempe (boisson d’orgeet de millet). » Un homme qui tient des propos inconsidérés estcomparé à « un ours qui parle de faire couper une jument ».Même comme législateur, il lui arrive de parler cette langue.Créant le poste de procureur général auprès du Sénat, ildit « vouloir empêcher qu’on joue aux cartes avec les lois enfaisant des combinaisons de couleurs ». Le procureur sera« son œil ».

Historien nul au point de vue de l’art, il ne manque pasde sens historique. Il décrit mal les événements, mais il encomprend bien le sens et la portée. Il les commente avec jus-tesse, même dans ses causeries épistolaires avec Catherine oùparaît le plus grand abandon. Évidemment il se rend un comptetrès exact de ce qu’il fait et de ce qui lui arrive.

Il a l’imagination naturellement inclinée au grand et mêmeà l’énorme, très orientale sur ce point encore. Dans les der-nières années il médite une reconstruction du colosse deRhodes, entre Kronstadt et Kronsloot, une tour immense àcheval sur le détroit, qui donnerait passage en bas aux plusgrands navires et porterait en haut une forteresse et un phare,On en commence déjà les fondations en 1724(1). Il est exaltéfréquemment, épique ou tragique, avec des saillies d’excen-tricité et des taches de grossièreté qui ont dérouté de très bonsjuges. Je trouve des traits shakespeariens dans quelques-unesde ses inspirations. En 1697, au moment où son départ pourle premier tour d’Europe est retardé par la découverte ducomplot de Tsikler, percevant un lien de solidarité crimi-nelle entre le présent et le passé, il fait déterrer le cadavred’Ivan Miloslavski, mis au tombeau depuis douze ans, déjàrongé par les vers. On en amène les débris à Préobrajensko'iésur un traîneau attelé de douze porcs, et on les place dans uncercueil ouvert sous l’échafaud , où Tsikler et son complice,Sokovnine, doivent mourir lentement, dépiécés, taillés en

(1) Golikof, t. X, p. 425.