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L’HOMME.
petits morceaux. A chaque coup de couteau, le sang des sup-pliciés coulera en cascade vengeresse sur ce qui reste de l’en-nemi détesté, arraché à la paix de la mort pour subir lestragiques représailles de son vainqueur (1). En 1723, Préobra-jenskoïé voit un autre spectacle, moins hideux, mais tout aussiétrange. Pierre y fait brûler sa maison de bois, qu’on a rétabliepar ses ordres sur son ancien emplacement, car elle avait voyagé.Les habitations, à cette époque, font partie du mobilier dansce pays si voisin encore de la vie nomade. Incendie commé-moratif et symbolique. C’est dans cette maison — il en fait laconfidence au duc de Holstein — que Pierre a conçu le projetde son terrible duel, maintenant terminé, avec le Suédois, et,tout à la joie de la paix enfin conquise, il veut effacer jusqu’àce souvenir des angoisses passées. Mais, pour donner plus desolennité à la démonstration pacifique, il imagine d’en releverl’éclat par un feu d’artifice; il allume les solives à moitiépourries de sa cabane avec des chandelles romaines et en faitflamber le toit en girandoles multicolores, battant lui-mêmedu tambour pendant toute la durée de l’autodafé(2):
Par moments, même dans une sphère de conceptions etde sentiments beaucoup plus élevée, il semble monter sanseffort et planer de niveau avec la grande élite historiqued’âmes au haut vol et à large envergure. En 1712, Étiennelavorski, le moine petit-russien qu’il a fait venir de Kief àMoscou pour en faire un évêque, le prend publiquement àpartie dans un sermon, fulminant contre les époux qui aban-donnent leurs femmes et les hommes qui ne respectent pasles jeûnes. H y a crime de lèse-majesté, et un rapport estadressé en ce sens au souverain. Pierre se contente d’écrireen marge : « D’abord en tête à tête, puis devant témoins. »Et, comme lavorski parle de se retirer dans un mo-nastère, il s’y oppose, mais se fait envoyer par le patriarchede Constantinople une dispense qui le met en règle avec les
(1) Jeliaboejski, Mémoires, p. 112; Gordon, Journal, 4 mars 1697; Ous-TRIALOF, t. III, p. 22.
(2) Bergholz, Büschings M., t. XXI, p. 202.