TRAITS INTELLECTUELS.
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exigences du carême orthodoxe (1). Un fanatique tente del’assassiner en lui tirant successivement deux coups de pistoletpendant son sommeil. L’arme ayant raté chaque fois, l’hommeest pris d’épouvante et réveille le Tsar pour lui dire ce qui estarrivé. Dieu a dû l’envoyer pour donner au monarque unsigne miraculeux de sa protection. «Tuez-moi maintenante,ajoute-t-il. — « On ne tue pas les envoyés » , répond Pierre tran-quillement, et il laisse partir l’assassin (2). L’anecdote n’estpeut-être pas très authentique, et je ne vois pas trop Pierrelaissant échapper ainsi un bon régal judiciaire avec enquête,recherche des complices et séances dans la chambre de ques-tion. Passe pour lavorski, seul en cause notoirement. Mais,probablement inventée de toutes pièces ou tout au moinsarrangée, l’aventure correspond à une attitude qui est biencelle du souverain, dans sa dernière manière surtout. Je l’aper-çois très souvent se donnant dans les circonstances les plusvariées des apparences d’esprit supérieur, des airs de philoso-phie hautaine à l’égard de sa propre personne. Venant à Varso-vie après sa désastreuse campagne du Pruth, comme on lecomplimente sur son heureux retour : « Mon bonheur, répli-que—t-il, consiste en ce que, au lieu de cent coups de bâton, jen’en ai reçu que cinquante. » Puis, comme se parlant à lui-même : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu... » 11 se reprend :« Pas tant ! pas tant ! » Niéplouïef, un de ses élèves favoris,arrive en retard à un rendez-vous matinal qu’il lui a donnédans un atelier de constructions navales. Le Tsar est déjà là.Niéplouïef s’excuse : il s’est attardé dans la nuit chez des amis.— « C’est bien; tu es pardonné, parce que tu as dit la vérité, etpuis » , — ici Pierre semble faire un retour sur lui-même en ap-pliquant à l’incident un proverbe du pays, — « quel hommen’est~il pas le petit-fils d’une femelle? » (Kto babié niévnouk) (3).
Ces façons de penser, de parler et d’agir sont-elles spon-tanées, naturelles chez lui? Correspondent-elles réellement
(1) Solovief, t. XVI, p. 324.
(2) Golikof, t. X, p. 176.
(3) Niéplouïef, Mémoires, Pétersb., 1893, p. 106.