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L'HOMME.
à des traits innés d’esprit ou de caractère ? Ne sont-elles pasplutôt une pose qu’il prend et qu’il lui arrive de quitter parinadvertance, caprice ou défaillance? Le doute est admissible,tant il les dément souvent et les contredit. Faisant son entrée àDerbent, en 1723, on l’entend dire : « Alexandre a construit« cette ville et Pierre la prend. » Sur un des arcs de triomphequi poussent en forêt à Moscou, bien avant Poltava, il fait, auretour de sa campagne persane, commenter ainsi cette conquêtefacile :
Struxerat fortis, sed fortior liane cepit urbem.
Il a oublié évidemment ce jour-là d’être modeste. A la prisede Narva, en 1704, il oublie d’être généreux, souffletant lecommandant Horn, coupable uniquement de s’être trop biendéfendu, et faisant jeter à l’eau le cadavre de sa femme tuéependant l’assaut (1). A la prise de Wiborg, en 1710, il accordeaux assiégés les honneurs de la guerre, puis, la capitulationsignée, il retient la garnison prisonnière. Le fait se reproduiraà Derpt et à Riga (2). C’est le même homme qui, après la ba-taille de Twaermynde (juillet 1714), embrasse le capitaine defrégate Ehrenskôld et se proclame fier d’avoir eu à com-battre un tel adversaire. Il exécute loyalement, en 1721, lesconditions de la paix signée avec la Suède, mais la manièredont il a engagé lés hostilités a été un modèle de fourberie.En mai 1700, revenant de Yoronèje à Moscou, il faisait ami-calement reproche au résident suédois Knipercron des alarmesdont sa fille, en villégiature à Voronèje, avait paru pénétréeau sujet de l’imminence d’un conflit entre les deux pays. Ils’était efforcé de la calmer : « Sotte enfant, lui avait-il dit,« comment peux-tu croire que je veuille commencer une« guerre injuste et rompre une paix que j’ai jurée éternelle ? sIl embrassait Knipercron devant témoins et lui prodiguaitaussi les protestations les plus rassurantes : « Si le roi de Po-
(1) Lundblad, t. I, p. 17 ; Adlerfeld, Hist. milit. de Charles XII, Paris,1741, t. II, p. 224.
(2) PolevoÏ, Hist. de Pierre le Grand, Pétersb., 1843, t. III, p. 79, 89. —Comp. Écrits et Correspondance, de Pierre , t. III, p. 99 et 111,