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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

Blanche, il donne trente roubles (1), et c’est de sa part ungrand effort de générosité.

Eh bien, je le crois, toujours et partout, parfaitement sin-cère avec lui-même et parfaitement naturel dans ses contra-dictions. Il est naturellement divers, pour des raisons sur les-quelles j’aurai à revenir, et sa constitution comme son éducationmorale sont très différentes de celles dont nous avons l’habi-tude. N’oublions pas le sol sur lequel il est né, la race àlaquelle il appartient, la tradition dont il procède. Rourik,Oleg, saint Vladimir, Sviatopolk et Monomaque, ces héros del’histoire et de la légende russe, sont de grandes figures assu-rément, mais qu’il faut se garder de confondre avec les illus-trations historiques et légendaires du vieux monde européen.Ils s’en distinguent par leur caractère autant que par leursnoms. Ils n’ont rien d’un Bayard ou d’un François I er . Avecleurs mœurs patriarcales, ils évoquent plutôt l’image moraledes rois bibliques. Les Russes d’aujourd’hui voudront bien nepas voir dans cette constatation une offense gratuite, ni undéni injustifié d’esprit chevaleresque en ce qui les concerne.Autant vaudrait nier l’instruction très variée ou l’éducationparfaite de beaucoup d’entre eux. Il n’en est pas moins vraique, du temps de Pierre, la plupart ne savaient pas lire, et quenul chevalier n’ayant jamais rompu de lances dans leur patrie,elle a traversé le moyen âge sans rien savoir de la chevalerie,comme plus tard la Renaissance, sans savoir grand’chose del’art grec ou romain (2). Elle a pu, depuis, regagner la dis-tance et le temps perdus, mais elle est restée longtemps étran-gère, cela est certain, à cette brillante et généreuse école qui,de Roland à Bayard, a rendu en Occident le mot honneursynonyme de la fidélité à la parole donnée; elle a subi, parcontre, l’influence de l’empire grec, recevant de lui arts,

(1) OUSTRIALOF, t. II, p. 367.

(2) « Le souffle chevaleresque n’a jamais remué les couches profondes de laRussie. » (P. Pierling, La Bussie et le Saint-Siège, p. 189.) Le chapitre du livresi intéressant du Père Pierlinc, intitulé : La Renaissance a Moscou, est absolu-ment concluant dans mon sens.