TRAITS INTELLECTUELS.
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sciences, mœurs, religion et politique, avec ses traditionsd’astuce et de fraude. Le type légendaire de la femme n’a lui-même, chez elle, rien d’héroïquement idéal. Ce n’est pasJeanne d’Arc, comme en France, la vierge inspirée, poussantun peuple à la victoire par l’élan de sa foi; ni, comme en Po-logne, Wanda, la douce martyre, préférant la mort à uneunion avec un prince étranger dont s’offense l’instinct natio-nal; c’est Olga, une gaillarde, qui chasse, bataille, fait le com-merce, triomphe de ses ennemis autant par la ruse que par laforce, et, l’Empereur grec voulant l’épouser contre son gré,éconduit supérieurement ce prétendant. Pierre est de cettelignée, comme l’était Alexandre Newski, cet « Ulysse dessaints », ainsi que l’a appelé Custine (1), prince plus sage quevaillant, modèle de prudence, mais non de générosité ni debonne foi; et c’est pourquoi, parlant d’un des collaborateursdu Tsar, l’envoyé français Campredon a pu écrire en 1725 :
« Il a peu de droiture, et c’est l’endroit qui lui avait acquis« la confiance du défunt souverain (2). »
Les mêmes contradictions apparentes se retrouvent chezPierre en matière de morale courante et de religion. Est-ilcroyant? On peut en douter encore, tant il met parfois desans-façon à traiter les cérémonies et les ministres d’un cultequ’il pratique à d’autres moments avec ferveur. Je l’aperçoisauprès du lit de sa sœur Marie qui est à l’agonie, chassantdes moines qui viennent se livrer à des pratiques consacréespar la tradition ; ils apportent à la moribonde des mets et desboissons variés, et lui demandent sur un ton plaintif « si elle« veut quitter la vie pour n’y avoir pas abondance de vie-il tuailles ». Au diable les momeries ! Soit, il s’en tient à lafoi simple et condamne les superstitions. Mais je vois qu’il al’habitude de noter les rêves qu’il fait (3), et, dans sa dépêchedu 25 mars 1712, l’envoyé anglais Whitworth parle d’uncombat victorieusement livré, en dormant, à un tigre, qui a
(1) La Russie, t. I, p. 265.
(2) 3 mai 1725. Sborsik, t. LVIII, p. 255.
(3) Siémievski, Slovo i Dielo, p. 273 et suiv.