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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

fortifié le Tsar dans ses dispositions belliqueuses(l). En mêmetemps, convenances, bonnes ou mauvaises mœurs, civilité oudécence, tout cela semble pour lui lettre morte. En 1723,Iagoujinski, un des parvenus dont il s’est entouré, s’avise devouloir quitter sa femme, à qui il n’a rien à reprocher et dontil a de grands enfants, pour épouser la fille du chancelier Go-lovkine. Comme madame Iagoujinska d’un côté et le chance-lier de l’autre font opposition à ce projet, Pierre, auquel ilagrée parce qu’il rabaisse la vieille aristocratie au bénéfice dela nouvelle, n’hésite pas à intervenir : la femme est jetée dansun couvent, le père mis en demeure de donner son consente-ment; le Tsar déclare le premier mariage dissous et prend àsa charge les frais du second. Voilà le cas qu’il fait de lafamille; on juge de ses égards pour le reste (2). A Berlin, en1718, visitant un cabinet de médailles et de statues antiques,son attention est attirée par une divinité en posture obscène,une de celles dont les Romains se plaisaient à décorer leschambres nuptiales. Il appelle l’Impératrice et lui enjoint debaiser la figurine; comme elle fait mine de s’en défendre, il luicrie brutalement : « Kopab ! » (Tête à bas!) lui donnant à en-tendre ce qu’elle risque en cas de désobéissance. Après quoi,il demande au Roi, son hôte, de lui céder cette pièce rare, etaussi plusieurs autres curiosités et encore un cabinet en ambrequi a coûté des sommes immenses, au dire de la margrave deBaireuth. A Copenhague, ayant pareillement remarqué unemomie dans le musée d’histoire naturelle, il manifeste l’in-tention de se l’approprier. L’inspecteur royal en réfère à sonmaître, qui répond par un refus poli : la momie est exception-nellement belle et grande; on n’en trouve pas de pareille enAllemagne. Pierre revient au musée, s’en prend à la momie,lui arrache le nez et la mutile de toutes façons, puis s’en va,disant : « Vous pouvez la garder maintenant (3). •> A Dresde,

(1) Sbornik, t. LXI, p. 167.

(2) Dépêche de Campredon du 22 mars 1723. Aff. étr. de France. Dolgorou-hof, Mémoùes, t. I, p. 17.

(3) Scuerer, t. II, p. 15.