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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

et le rouaient de coups (l). La liste de Strahlenberg ne con-tient pas les deux noms les plus fameux de la burlesque etlamentable légion : celui du Russe Balakiref et du Portu-gais d’Acosta, un parent sans doute du célèbre convertiUriel. A ce dernier Pierre a confié les fonctions de directeurgénéral, organisateur des bouffonneries et chef du personnelqui y est employé. En 1713 il l’a créé comte par-dessus le mar-ché et han des Samoyèdes. Cette dernière promotion donnalieu à toute une série de cérémonies burlesques, dans les-quelles figurèrent plusieurs familles de vrais Samoyèdes, tirésdu fond de la Sibérie pour la circonstance. Déguisé en Sa-moyède, coiffé d’une paire de bois de cerf immenses et ceintd’un ruban jaune auquel pendait une médaille avec le nomd’Actéon gravé sur une de ses faces, un cuisinier de l’Impéra-trice y parut aussi. Pierre en faisait occasionnellement unémule d’Ouchakof et Balakiref, et très fréquemment sonsouffre-douleur préféré. Le pauvre diable ayant une femmequi passait pour légère, le Tsar ne manquait jamais, dès qu’ille voyait devant témoins, de lui mettre deux de ses doigts au-dessus du front, en un geste symbolique (2).

En elles-mêmes, ces façons de se divertir, si grossièresqu’elles semblent, aujourd’hui surtout, pourraient échapper àla critique ; elles étaient la contre-partie naturelle et pourainsi dire nécessaire d’une existence vouée à un labeur qui,sans elles, eût excédé la limite des forces humaines, mêmedans une nature aussi exceptionnellement robuste que cellede Pierre. Le grand homme y a cherché instinctivement unedétente pour ses nerfs surmenés, et, excessif en tout, n’a passu y éviter les pires excès. On peut juger même qu’il en aracheté le côté déplaisant, cynique ou inhumain, par la joyeusedésinvolture et la large bonhomie qu’il y a habituellementapportées. Un demi-siècle plus tard, Christian YII de Danemarkfaisait juger et condamner à mort un comte Brandt qui, pris àpartie à raison de ses infortunes conjugales, s’était emporté

(1) Archives du prince Kourakine, t. I, p. 73.

(2) Scherer, t. III, p. 56; Bergholz, Büschings M t. XIX, p. 87