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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

instant (1). Les principes ont beau différer, la pratique donneà chaque pas un démenti à la théorie. La théorie, c’est parfoisle libéralisme le plus accentué ; la pratique, c’est presque tou-jours le despotisme, l’arbitraire, l’inquisition, la terreur. Oui,ce gouvernement est terroriste, comme le sera celui de Robes-pierre, comme l’a été celui de Cromwell, avec un cachet parti-culier de férocité dérivant de ses origines asiatiques. En 1691,le malheureux associé politique de Sophie, Basile Galitsine, estl’objet, dans son lointain et terrible exil, d’une nouvelle pour-suite criminelle. Un tcherniets (moine) a entendu l’ex-régentannoncer la mort prochaine du Tsar ; mis à la question à plu-sieurs reprises, il a maintenu sa dénonciation. La preuvesemble faite ; pourtant, l’enquête finit par établir que le moinen’a jamais vu l’exilé, n’a jamais fait le voyage de Iarensk, oùcelui-ci se trouve interné ; il a tout inventé ot bezoumia, parégarement d’esprit, espèce de folie aussi commune sous lerègne d’Ivan que sous celui de Pierre, ébranlement, cérébralparticulier produit par la hantise perpétuelle du tribunal dehaute police et des chambres de torture. Le système est dansla tradition nationale. Un proverbe du pays en contient laconsécration et l’apologie : « Le knoute n’est pas un ange,mais il apprend à dire la vérité ! » Pierre en a la conviction ;inquisiteur passionné lui-même, dilettante de l’art mons-trueux, réglant par des notes manuscrites la marche des inter-rogatoires, y intervenant souvent personnellement et entrantalors dans les plus petits détails, appuyant sur chaque mot,épiant les moindres gestes. Il fait venir à son palais, pour l’in-terroger, un simple joaillier, soupçonné d’un détournementde bijoux, le soumet à deux reprises et pendant une heurechaque fois au supplice combiné de l’estrapade et du knoute,et, le soir, conte gaiement au duc de Holstein les péripétiesde la séance (2). Ayant à ses ordres une armée d’enquêteurset d’espions, il supplée à leur zèle, écoutant aux portes, circu-lant entre les tables, dans les banquets, quand les libations

(1) Staeiilix, p. 217.

(2) Sikmievski, L'impératrice Catherine I, Pétersb., 1884, p. 154.