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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

était de dix roubles, mais des circonstances spéciales la fai-saient monter à un taux beaucoup plus élevé. En 1722, surune place de Moscou, à côté d’une lanterne, dix sacs contenantchacun cent roubles étaient déposés, le contenu, suivant unavis affiché au même lieu, devant revenir à qui dénonceraitl’auteur d’un pamphlet contre le Tsar ramassé dans une deséglises du Kreml. Une dotation enterres et une charge étaienten outre promises au dénonciateur. Le premier venu, en pro-nonçant la formule consacrée : Slovo i dielo (mot à mot : Paroleet action), et en attestant ainsi la connaissance ou le soupçond’un fait justiciable de la haute police, pouvait provoquer uneinstruction criminelle. Et il ne lui fallait pas grand’chose pourjustifier la prévention : un mot imprudent, moins que celaencore. Un paysan était mis à la torture, puis condamné auxtravaux forcés à perpétuité, pour avoir, en état d’ivresse, saluéle Tsar d'une façon inaccoutumée. Un autre subissait le mêmesort pour n’avoir pas su que le Tsar prenait maintenant le titred’Empereur. Un prêtre a parlé de la maladie du souverain etparu admettre la possibilité de sa mort : envoyé aux galèresen Sibérie. Une femme a vu dans sa cave, sur un tonneau debière, des lettres tracées par une main inconnue et en unelangue inconnue; interrogée, elle n’a pas su en indiquer lasignification : morte sous le knoute. Une autre femme étant àl’église a troublé l’office par des cris et des mouvements dés-ordonnés; elle est aveugle et probablement épileptique, maispeut-être aussi a-t-elle voulu délibérément causer du scandale :mise à la question. Un étudiant pris de vin a prononcé desparoles malsonnantes : trente coups de knoute, les narinesarrachées, puis les travaux forcés à perpétuité. Je cite des do-cuments officiels, les procès-verbaux de la chancellerie se-crète (lj, et, sauf le knoute, je risquerais de les confondreavec ceux des tribunaux présidés par les Couthon et les Saint-Just.

Pierre n’est sans doute pas tout à fait étranger aux idées de

(i) Siémievski, Slovo i Dielo, p. 51.