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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

fice de rhétorique. Quand, en 1696, il écrit à son amiVinnius,à propos d’un correspondant négligent : «Dites-lui que ce qu’ilne mettra pas sur le papier, je le lui ajouterai sur le dos (1) » ,on sait qu’il n’use pas d’une métaphore. Très fréquemmentil fait venir dans son cabinet les fonctionnaires dont il a à seplaindre, les plus haut placés comme les plus infimes, et leurtémoigne son mécontentement par une volée de sa doubina.C’était d’ailleurs un traitement de faveur. Le souverain tenaitalors à ce que la faute comme la punition restassent secrètes.L’exécution n’avait pour témoins que des serviteurs intimes,tels que Nartof, et les patients s’appliquaient à se composer,en sortant, un maintien qui n’annonçât rien de ce qui venaitde se passer. Généralement aussi ils étaient invités à dînerpour le jour même. Mais il arrivait également que la doubinafonctionnât en public, dans les bureaux de quelque collège ad-ministratif, ou même dans la rue. Parfois le souverain se dé-chargeait sur un tiers du soin d’administrer la correction extra-judiciaire ; c’était alors pour celui qui en était chargé unegrande preuve d’estime et d’amitié. Le capitaine Siéniavine acapturé deux vaisseaux suédois, les premiers qui soient tombésen mains russes ; il est devenu de ce chef grand favori dumoment. Pierre le mande et lui dit : « Vous dînerez demain« chez un tel, vous lui chercherez querelle pendant le repas,< et vous lui donnerez, en ma présence, cinquante coups de« canne bien comptés. » Voilà un homme puni et un autrerécompensé par une participation à la vindicte souveraine,que le souverain évidemment juge très glorieuse (2). Pendantla campagne de Perse, Wolynski, un autre favori du jour, estaccosté un soir aux abords de la tente impériale et assailli,sans explication préalable, par une volée de coups. Soudain,le Tsar s’arrête; l’obscurité et une ressemblance fortuite l’ontinduit en erreur : il y a maldonne. Mais il se contente de diretranquillement : « Cela ne fait rien, tu mériteras un jour ou« l’autre ce que tu as reçu aujourd’hui; tu n’auras qu’à me

(1) 15 juillet 1696. Écrits et Cor respondance, t. I, p. 90.

(2) Mémoires y publiés par le prince G&litsine, Paris, 1862, p. 133.