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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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PRINCIPES ET PROCÉDÉS DE GOUVERNEMENT. 19T

« faire souvenir alors que c’est payé. » Et l’occasion d’unrèglement de compte ne tarde guère, en effet (1).

L’irascibilité du maître et ses emportements habituelsjouent certainement un rôle dans ces exécutions sommaires,mais il y entre aussi une part de système et de volonté réflé-^chie. Pénétrant inopinément un jour dans la cabine d’un capi-taine de vaisseau, Pierre voit entre ses mains un livre ouvertque l’officier essaye en vain de soustraire à son attention ; ilregarde la page et y lit tout haut cet aphorisme : « Le Russe« est comme la morue ; s’il n’est battu souvent, on n’en fait« rien de bon. » Il sourit et sort en disant : « Vous faites des« lectures utiles; c’est bien, vous aurez de l’avancement (2). »

La doubina n’est, je l’ai dit, que pour ceux que l’on aime etque l’on tient à épargner. Les autres relèvent d’une justicedistributive autrement armée. L’uniformité des peines est undes traits caractéristiques de la législation criminelle du temps.Le législateur ne mesure pas sa sévérité au degré de culpabi-lité que les fautes à réprimer peuvent avoir en elles-mêmes,mais simplement à l’intérêt que leur répression présente à sesyeux. Or, cet intérêt, qui est celui de l’État, n’admettant pourainsi dire pas de gradation, les peines n’en comportent pasdavantage. Les oukases et règlements d’ordre civil confondentleurs rigueurs avec celles des règlements militaires. La mortpour le soldat qui, marchant à l’assaut, poussera des « crissauvages » ou s’arrêtera pour ramasser un blessé, « fût-ce sonpropre père » , et la mort pour le clerc de bureau qui n’expé-diera pas une affaire dans le temps prescrit par la loi (3). Lamort, la mort presque toujours !

Vers la fin du règne, dans l’entourage du Tsar, une récipro-cité s’est créée de crainte et de méfiance universelle, qui rendla vie vraiment intolérable à ceux qui en font partie. Gomme ilobserve tout le monde, tout le monde l’observe et s’observe,

(1) ScHERER, t. III, p. 32.

(2) Ibid., t. I, p. 15.

(3) Écrits et Correspondance de Pierre, t. III, p. 77; Fiuppof, Pierre leGrand et la loi pénale, p. 283 et suiv.