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L’HOMME.
« fait ne peut donner lieu à aucune poursuite. » Les nomsdes out-laws ainsi créés étaient portés à la connaissance dupublic par voie d’affichage sur des potences. Une moitié deleurs biens était promise à qui les appréhenderait au corps,u l’homme opérant la capture fût-il un serf du capturé » ;l’autre moitié revenait au Trésor (1). Et les désertions ne s’ar-rêtaient pas encore !
« Près du Tsar, près de la mort » , dit un proverbe du pays.On aime mieux se mettre à l’abri n’importe comment. La pré-sence dans l’entourage de Pierre des parvenus de basse extrac-tion en si grand nombre, Menchikof, Loukine, Troïékourof,Yladimirof, Sklaief, Pospiélof, s’explique aussi, en dehors deses préférences personnelles, par le sauve-qui-peut général desgrandes familles (H). Et le rôle de ces parvenus dans le sys-tème politique dont ils faisaient partie intégrante en constituaitencore une aggravation sensible. Le gouvernement personnelde Pierre est souvent la plus dure, la plus obsédante, la plusinquiétante des réalités, mais il devient souvent aussi unesimple fiction, et l’on ne gagne pas au change. Le Tsar ne peutpas, quelque dépense prodigieuse de travail et d’énergie qu’ilfasse et quelque mouvement qu’il se donne, tout voir par sesyeux et tout tenir dans la main. Quand il est absent, retenu àl’armée, en voyage à l’étranger, ou en course à travers l’im-mensité de ses provinces, le pouvoir passe aux mains des Men-chikof; ils en usent à leur façon, en mésusent la plupart dutemps, sont appelés périodiquement à rendre des comptesque le bourreau est souvent chargé de régler; mais, vivantcomme tout le monde du jour au lendemain, dans l’angoissecommune et l’universel effarement, ils profitent largement desbrèves heures de licence dont ils disposent et augmentent en-core ainsi le poids déjà si lourd et l’étreinte si brutale de l’ef-froyable machine appelée à les broyer tôt ou tard. Le favori-tisme, qui a coûté à la Russie tant d’or, de larmes et de sang,n’est certes pas une création de Pierre ; mais c’est encore un
(1) Golikof, t. IX, p. 48.
(2) Voy. à ce sujet Strahlenberg, p. 238 et suiv.