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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

cœur à soi-même; mais c’est tout à fait la manière de Sophie,c’est tout à fait l’esprit oriental. Invité en 1705 à la table duTsar, l’envoyé anglais Whitworth est mis en présence d’unsoldat russe mutilé, à ce qu’il prétend, par les Suédois, avecquarante-quatre compagnons, prisonniers comme lui. Pierreen prend texte pour déclamer longtemps sur la barbarie deses adversaires, dépassant de beaucoup celle qu’ils prêtent àla nation dont il est le chef. Jamais prisonnier suédois n’a ététraité de la sorte en Russie ! Les quarante-cinq mutilés serontrépartis entre ses régiments pour servir d’avertissement auxcamarades, qui sauront ainsi ce qu’ils ont à attendre d’unennemi déloyal. Le coup porte à faux, Whitworth demeurantconvaincu qu’on s’est moqué de lui (1), d’autant qu’il n’a riencompris, comme de raison, au récit fait en russe par le soldat;mais le trait est de la pure école byzantine.

Et c’est tout cela, en partie, toutes ces attaches intimes etfortes à l’âme et à la chair de son peuple, à son passé et sonprésent, qui ont permis à Pierre d’entrer dans sa vie d’unefaçon si profonde et si durable. Plus logique, moins influencépar l’air du pays, son despotisme eût exercé une action pluscourte. Ce sont les contradictions du Réformateur qui ont faitun peu la portée de sa réforme.

(1) Dépêche du 2 mai 1705. Sbornik, t. XXXIX, p. 79.